Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

21 mars 2016, Commentaires 0

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Avis littéraire : Marie Jo Cardineau

C’est avec une écriture dense, précise, au scalpel que Maylis de Kerangal nous emmène aux lisières de la vie et de la mort en nous confrontant à ce qu’il faut de concret, de techniques, de convictions et de persuasion pour réparer les vivants avec un cœur, des reins, des poumons.

Seule la mort de l’un peut sauver les autres. Comment demander à des parents qui viennent de perdre leur fils dans un accident d’accepter que son corps soit fragmenté, découpé, amputé de ses organes vitaux maintenus artificiellement en fonction jusqu’à ce qu’ils revivent, dans l’anonymat, dans les corps des autres malades en attente d’organes pour vivre normalement à leur tour.

Les médecins gèrent ces situations douloureuses avec autant de respect pour les morts que pour les vivants.

De très belles pages sur le regard et le soin porté au jeune homme mort, littéralement dépecé et vidé de sa substance et réparer à son tour pour garder sa dignité dans la mort.

Maylis de Kérangal réussit à échapper au pathos que le sujet pourrait générer, son écriture précise, blanche évite les épanchements des sentiments et des émotions pour garder la concentration du geste, l’urgence et la course contre la montre qui s’impose aux équipes.

Le temps suspendu pour tous, famille et vivants à réparer. Un rythme effréné.

Un livre fort qui permet une prise de conscience sur le don d’organes. Jai eu l’impression d’être dans la salle d’opération, témoin, spectatrice du théâtre de la vie, cette tragédie, dans toute son humanité et sa crudité.

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