BLASPHEME – Monique Molière

27 avril 2015, Commentaires 0

couv_blasphemeBLASPHEME – Monique Molière
Avis littéraire : Jean-Yves Loude

Premier tome d’une saga qui traverse les siècles, « Blasphème », publié en 2013, porte un titre qui résonne vivement aujourd’hui, agité comme un cimeterre à la face d’ennemis inséparables depuis la dispute primordiale des femmes d’Abraham. C’est à dire depuis la nuit sans aube des temps. « Blasphème » raconte un des épisodes de la guerre perpétuelle entre des croyants qui se croient seuls habiliter à croire. Monique Molière plante l’arbre de la discorde en 1244. En ces temps, les Mongols piaffent au seuil de l’Europe ; les Turcs kharismiens éperonnent vers le Moyen-Orient ; les Croisés de tous ordres défendent le tombeau du Christ aux dépens de populations arabes qui résistent comme elles peuvent ; le sultan d’Égypte prend une part enthousiasme au carnage en changeant d’alliance comme de turban ; les Juifs se terrent… Et, par-dessus tous ces heaumes cabossés, ces cottes de maille transpercées, ce fleuve de sang plus large que le Nil et l’Euphrate réunis, les Caïnites, sectateurs inspirés par le génie du Malin, adorateurs exaspérés de Satanaël, tirent les ficelles au bout desquelles pendent les pauvres marionnettes humaines. Bref, en 1244, le Mal jouit des pleins pouvoirs jusqu’à l’orgasme.

Voici le tableau général.

En lisant « Blasphème », on se dit que rien n’a vraiment changé depuis huit siècles. Les mêmes acteurs néfastes sont à l’œuvre dans une guerre permanente dont Jérusalem et la Palestine restent l’épicentre.

Monique Molière prend donc le risque de faire traverser ce chaos orgiaque du XIIIe siècle par une héroïne, Magda de Denika, personnification de la pureté mais pas de l’innocence. Magda, nonne, guérisseuse, âme éclairée, porte en elle le secret de la Lumière, l’antidote à la violence viscérale qui empoisonne le genre humain, la finalité de l’Espoir planté en chacun de nous. Si elle quitte le monastère de son Ukraine natale, c’est que le temps est venu de s’opposer à la malveillance et de marcher vers Jérusalem devenue le ring de tous les pugilats. Elle n’est pas seule sur sa route. L’aident de près ou à distance des êtres qui ont glissé à la périphérie de leur propre religion pour dévier vers les sentiers escarpés de la spiritualité. Là où il n’y a plus de confession qui tienne. La tolérance l’emportera-t-elle au bout de la route ? Une figure féminine s’imposera-t-elle au milieu d’une telle fureur mâle ? Il faudra à Magda déjouer les plans de la perfidie qui, à travers les pages de « Blasphème », prend la trogne d’assassins compulsifs bas en couleurs ou s’incarne dans les plus hauts « indignitaires » du Pouvoir.

« Blasphème » est un formidable roman picaresque qui conduit au galop plusieurs destins parallèles vers un croisement inévitable ou plutôt vers un choc final. Mais au-delà des aventures de Magda, la belle nonne aux cheveux d’or, téméraire et habitée, « Blasphème » explore ad nauseam les reliefs de la barbarie. Monique Molière, qui semble écrire avec « la connaissance des deux mains », nous abandonne pantois, le sang à la bouche, les yeux ouverts sur les déferlements des sauvageries contemporaines, sur les agissements de la haine moderne et sur les luttes d’intérêt toujours renouvelées qui perpétuent le règne de la monstruosité. À suivre…

 

Société des Écrivains, 281 pages, 20€

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