Le Lambeau de Philippe LANÇON

3 juin 2018, Commentaires 0

Le-lambeauLe Lambeau de Philippe LANÇON
Avis littéraire : Josiane Pioda

Comment définir ce livre ?

Comment en parler ?

Comment aborder, en toute humilité, sans indécence, ces territoires de souffrance ?

Après réflexion, je me dis que si Philippe Lançon a écrit Le Lambeau, c’est, comme il le dit lui-même : « écrire sur mon propre cas était la meilleure façon de le (son voyage dans sa chambre d’hôpital) comprendre, de l’assimiler, mais aussi de penser à autre chose… »

Il s’agit pour l’auteur, l’un des rares survivants de l’attentat dans les locaux de Charlie-Hebdo, trois ans après les faits, de retraverser la lente et douloureuse reconstruction. Il avait perdu un morceau de sa mâchoire, plus diverses blessures. Il a vu exploser, littéralement, la vie de ses amis. Il est resté de longs mois hospitalisé et il raconte cet après Charlie.

Je lui laisse la parole :

« … rien de ce qu’on vous dit n’est, quand vous entrez dans le monde où ce qui est ne peut plus être vraiment dit (Lançon fait ici référence à une phrase tirée de la pièce La nuit des rois de Shakespeare)…

… elle a cet étrange privilège : être une amie et un souvenir, une amie éloignée, un souvenir vivant…

… Shakespeare est toujours un excellent guide lorsqu’il s’agit d’avancer dans un brouillard équivoque et sanglant. Il donne forme à ce qui n’a aucun sens et, ce faisant, donne sens à ce qui été subi, vécu…

… vivre à l’intérieur de la souffrance, entièrement, ne plus être déterminé que par elle, ce n’est pas souffrir : c’est autre chose, une modification complète de l’être. Je sentais que je me détachais de tout ce que je voyais et de moi-même pour mieux le digérer … »

Bref : récit indispensable dont il est difficile de sortir indemne, et qui pose, bien sûr, l’impensable problématique de ces porteurs de folie que sont les djihadistes.

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